Période rose

Voilà dix ans qu’arrivait sur nos écrans Broken Flowers, balade de Jim Jarmusch, qui nous raconte l’errance de Don Johnston, dont on aura compris qu’il est aussi fasciné que dépassé par son aura de Don Juan. Comme dans les autres films de Jarmusch, la musique est omniprésente. Plus qu’une ornementation, elle est l’un des personnages, elle a ses dialogues, ses scènes et sa gestuelle, elle est le seul compagnon de Don dans sa quête absurde, sous la forme de compilations CD gravées par son voisin technophile et fan de romans policiers, Winston. Par moments, les rôles semblent même s’inverser, lors de ces plans où le visage inexpressif de Don conduisant sa Ford de location, laisse place au son qui remplit l’habitacle, du Jazz éthiopien à la soul. La musique parle pour lui et donne à son allure de croque-mort les couleurs qui lui font défaut.

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Outre sa B.O. éclectique et pointue, le film est rythmé par une série d’accessoires récurrents : ces bouquets de fleurs roses, d’une espèce différente pour chaque maîtresse, les roses laissant place aux fleurs sauvages arrachées au bord de la route ; y font écho ces objets de la même teinte surgis de nulle part – peignoir, carte de visite, machine à écrire, moto – qui sont autant d’indices inconsistants dans une enquête en laquelle son héros même ne croit pas. De cet ensemble ressort une certaine poésie, qui parvient à surgir dans la laideur de l’Amérique suburbaine et de ses archétypes, la fille facile, la hippie devenue agent immobilier, la bikeuse redneck. Le regard de Bill Murray / Don laisse entrevoir la fascination amusée et l’incompréhension des élites face à tant de mauvais goût, mais aussi un sentiment de décalage, une mélancolie de cet homme qui semble avoir réussi mais que tout renvoie à sa solitude et à son inaptitude à la vie sociale.

Broken Flowers Capture d’écran 2015-11-22 à 13.39.21

On imaginerait difficilement un autre acteur que Bill Murray pour ce rôle d’homme quasi inexpressif et désabusé, car anesthésié par son renoncement et son cynisme. La qualité du film repose largement son jeu, qui laisse entrevoir une progression au fil des rencontres, vers une reprise en main de son existence et un renoncement au fatalisme qui trouvera – ou non – son aboutissement dans la rencontre avec un fils oublié puis fantasmé.

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