Eraserhead

Eraserhead

            Eraserhead est un film étrange et expérimental, c’est même la jaquette du DVD qui le dit. En quatre lignes, elle vous explique tout et rien de ce qu’il y a à savoir sur ce film réalisé en 1977, cité par de nombreux réalisateurs comme une influence fondamentale de leur travail, et par autant de théoriciens et critiques comme un film surréaliste d’avant-garde ayant marqué l’histoire du cinéma. Cherchez l’histoire, vous n’en trouverez pas, et les dialogues tiennent en trois lignes de la main. Autant dire qu’on vient à bout de ces 1h30 en noir et blanc avec plus de questions que de réponses : qui est Henry, cet homme au look Mod, page blanche pour tout ce que le réalisateur et le spectateur seraient prêts à projeter sur lui ? Et ce démiurge qui tire les leviers du destin ou de la chimie dans un cabane surplombant notre monde ? Que représente ce monstre emmailloté, qui perce de ses cris la bande-son cryptique et industrielle à intervalles répétés ? Pourquoi faut-il que tout coule, explose, jaillisse, suinte, hurle, se dégrade ?

            On croirait discerner ici une métaphore de la création, la relation d’amour-haine qu’un géniteur entretien avec le fruit de ses entrailles, qui hante ses jours et agite son subconscient, ici représenté par une chanteuse difforme se produisant entre les colonnes en fonte d’un radiateur. L’homme inquiet se retrouve seul face à ce qu’il a engendré, démuni, incapable de répondre à ses cris, et dans l’impossibilité de fuir. Sa création le coupe du monde, de sa femme et de ce qu’il désire, cette voisine incendiaire qu’il voit, impuissant, tomber dans les bras d’un homme outragé par le temps. Son rejeton monstrueux semble absorber toute vitalité présente dans le cadre, comme celle de cette plante morte, un bonsaï de saule pleureur dépouillé de ses feuilles, prenant piteusement racine dans une motte de terre posée à même le bois le table de chevet. Comme celle, aussi, de cette graine, arrivée par la poste, qui après une nuit passée dans un placard à sa mesure, s’échappe en gémissant de cette scène peuplée de malades et d’impuissants, comme si toute vie, tout espoir ne pouvait s’épanouir ici.

            Le premier long-métrage de David Lynch est une réussite formelle incontestable, le noir et blanc souligne la maitrise absolue de la lumière et du cadre, et la simplicité apparente de la composition n’est qu’une fenêtre ouverte sur la charge symbolique de chaque élément présent dans ce film. Une expérience inquiétante, fascinante et dérangeante, que l’on s’étonne de chercher à comprendre, et avec laquelle on aimerait devenir familier et dépit de l’horreur et de l’inquiétude qu’elle suscite.

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