Les rencontres d’après minuit

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Les Rencontres d’après minuit est un huis clos, les personnages sont réunis pour une partouse et le spectateur sait qu’ils ne se quitteront pas avant de s’être mis à nu, avant d’avoir révélé ce qu’ils sont venus partager. L’image est belle mais la chair est triste, elle se dégrade, rongée par les vers ou fripée par le temps, on en a honte, la Star veut rester cachée, dissimuler son visage, l’Etalon souffre, Matthias est borgne et le visage de sa compagne, Ali, ne se dépare plus des stigmates de la peine. Oui, il est question de sexe, mais ce n’est qu’un prétexte pour réunir ces figures fortes et séduisantes, pleines de vie et de désir, de peurs aussi, pour les rapprocher, supprimer d’emblée entre elles les entraves des normes. Tous sont venus parce qu’ils sont en manque de quelque chose, de quelqu’un, ou en quête de sens, et qu’ils ne trouveront que cachés, à l’écart de la société, dans un lieu coupé du réel.

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Eloigné du monde, le huis clos permet ainsi à Yann Gonzalez de recréer un univers à son image, de taille réduite mais maîtrisé, un écrin pour l’étreinte de ses personnages. Ce salon hors du temps est décoré à minima, ses murs sont gris et ses meubles presque invisibles, insignifiants, seuls quelques accessoires (une porte, un interrupteur, un jukebox sensoriel) surgissent pour ponctuer les séquences. Ce dépouillement a un mérite, souligner le travail sur le cadre et la lumière qui donnent à ce film une grande partie de son charme. La composition est admirable, et les comédiens sont mis en valeur avec élégance, aussi bien par les costumes que l’éclairage. Les Rencontres d’après minuit offre ainsi une atmosphère visuelle unique, faite de rêveries et d’images, éloignée de toute ambition réaliste. On soulignera également le soin apporté à l’écriture des dialogues, très travaillés, imprégnés d’un certain élan poétique et d’une ambition allégorique.

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Toutefois, si le film séduit par sa forme, tenant aussi bien à la mise en scène qu’à l’interprétation, le fond est moins convaincant. Yann Gonzalez crée une œuvre à part dans le cinéma français, avec peu d’équivalents actuels, et c’est tout son mérite de s’émanciper de poncifs, aussi bien visuels que narratifs. Mais l’écriture ne suit pas totalement, les personnages ne sont pas loin des stéréotypes, comme l’Adolescent, figure rimbaldienne sans grande originalité ni profondeur. Toute la bande ressemble finalement à un cimetière des figures du cinéma, échouées là pour s’exhiber une dernière fois devant leurs pairs. On retrouve le couple romantique formé par Ali et Matthias, dont l’histoire mélange Orphée et Faust ; l’Etalon, qui pourrait être un acteur porno ; l’Adolescent, figure de rebelle à la James Dean ; La Star, qui semble sortir de Sunset Boulevard … Seul Udo, figure androgyne et véritable maître d’œuvre, incarnant à la fois le plaisir et la mort, se démarque, peut-être parce que le scénariste-réalisateur y projette le plus de lui-même. C’est Udo qui donne son sens à la réunion et anime les relations entre ces personnages, mais peut-être ce seul lien est-il trop ténu pour être convaincant, même dans un film proclamant son onirisme.

En dépit de ce scénario perfectible, Les Rencontres d’après minuit reste un grand film, au moins pour ses audaces visuelles et narratives. Le réalisme est très loin, à tel point que l’on voit ou pressent souvent les coutures, mais on ne peut qu’être charmé par l’image et bercé par la bande son envoutante.

 

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