Pasolini l’évangéliste

Evangile Saint Matthieu 2016-02-02 à 17.56.34

Qu’est-ce qui a bien pu pousser Pasolini, marxiste et athée revendiqué, à adapter en 1964 L’Evangile selon Saint Matthieu ? Sans doute l’attrait pour la puissance d’un récit universel, l’envie de s’inscrire dans une tradition de représentation deux fois millénaire aussi, ou encore la volonté de mettre en scène la force poétique et politique du message du Christ, avant qu’il ne soit détourné et instrumentalisé par l’Eglise durant des siècles.

En résulte une œuvre majeure, reconnue en 2015 par le Vatican comme le meilleur film sur jamais réalisé sur Jésus. Sacré label. On en retiendra d’abord la manière dont sont mises en valeur les paroles du Christ, celles de la Source Q, c’est à dire présentes dans les évangiles de Matthieu et de Luc. Ces paroles sont le cœur de son message, les plus pures et les plus poétiques aussi, ce qui explique sans doute que Pasolini ait tenté d’enrôler Kerouac ou Ginsberg pour les déclamer, sans succès. Tous les dialogues sont d’ailleurs issus du texte biblique, que le réalisateur fut soucieux de respecter au plus près. C’est donc un jeune étudiant en économie espagnol et communiste, qui se charge du rôle avec brio. A ses côtés, une pléiade d’acteurs non professionnels, recrutés parmi la scène intellectuelle italienne (comme Agamben en apôtre Philippe) ou les populations locales.

Evangile Saint Matthieu 2016-02-02 à 18.02.10

Pour le reste, le film est un immense patchwork : patchwork musical, qui va de Bach au Blues ; patchwork de références, de la Renaissance pour les costumes au néoréalisme italien ; patchwork de techniques, une réalisation classique laissant place à l’usage de nombreux zooms et à un style documentaire lors des condamnations de Jésus. Loin d’être indigeste, sauf lors de scènes aux effets trop prononcés (les divers miracles ne sont pas plus convaincants à l’écran que dans la Bible) l’ensemble se savoure si bien que l’on en vient à attendre les scènes connues, pour découvrir comment Pasolini va nous surprendre en se les réappropriant. L’ascension du Golgotha est ainsi montrée avec une pudeur et une finesse dont Mel Gibson aurait bien fait de s’inspirer.

Cette Evangile selon Pasolini se révèle ainsi d’une grande poésie, et donne toute sa force à un message dont l’écho ne se limite plus aux croyants mais s’étend à ceux qui, sensibles à la beauté des images et des mélodies, sensibles à tout ce que le christianisme a pu produire de beau, seront aussi sensibles à son message le plus puissant et le plus révolutionnaire, celui que son clergé a ensuite étouffé, celui de l’autre joue, celui du trésor au royaume des cieux, celui de la 100e brebis, celui des égaux et des frères.

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